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GABON - Etat-Bongo, Etat défaillant
De plus en plus évoqué dans les cercles politico-diplomatiques, «le cas gabonais » est devenu un sujet de préoccupation majeure. Aujourd’hui, il est officiellement admis que le Gabon est confronté à la plus grave crise financière et économique de sa jeune histoire. Face à cette nouvelle donne, le sentiment de déroute qui s’empare du pouvoir ne manque pas de surprendre… Pourtant, on savait que le pays courait depuis des années à la catastrophe. La crise actuelle n’est pas tant imputable au tarissement des puits de pétrole qu’à la gestion scandaleuse de cette manne. On ne s’interrogera jamais assez sur l’absurdité de la situation de ce pays, disposant de ressources et de revenus équivalant à ceux d’un émirat pétrolier, mais qui n’est jamais parvenu à offrir à une population de moins d’un million d’âmes le confort qu’elle était en droit d’attendre de cette richesse naturelle… la gestion du pétrole gabonais a été soumise à une autre logique que celle du développement du cadre national et du bien-être collectif. Cette gestion s’est toujours située aux antipodes des exigences de la souveraineté nationale, assurant essentiellement la satisfaction des besoins illimités du pouvoir et de son principal responsable, ainsi que de quelques « partenaires extérieurs » associés aux retombées de l’exploitation de l’or noir. Sur le plan intérieur, une part du revenu pétrolier allait essentiellement servir à maintenir de prétendus « équilibres sociaux », par la distribution de quelques privilèges à une élite politico-administrative chargée de servir de relais « politique » auprès des couches les plus faibles de la population, pour lesquelles aucune perspective d’avenir n’est sérieusement envisagée. Autant dire qu’avec une telle architecture les comptables du pétrole gabonais ont toujours agi à contresens de la collectivité nationale. Que pouvait-on espérer comme résultat ? Depuis des années, les autorités ne se sont pas ému outre mesure des bidonvilles qui poussaient autour de la capitale, témoin d’un système social inique, aberrant, dans cet « émirat » singulier, producteur de misère, de précarité et d’insécurité pour la majeure partie de la population. Sans même réclamer le procès de ceux qui ont ainsi, méthodiquement, pillé le Gabon, en faut-il davantage pour déclarer la faillite du système, celui d’Omar Bongo, gardien-propriétaire autoproclamé inamovible de la maison Gabon ? … Le Gabon est devenu, par l’action de ses dirigeants, un non-sens économique et politique. Alors que le pays doit aujourd’hui aborder un tournant périlleux, les Gabonais sont fondés à se demander comment ce même pouvoir pourrait réaliser demain ce qu’il n’a pas su faire en plus de trois décennies. … Quel miracle pourrait-on attendre de ce pouvoir responsable d’une des plus retentissantes faillites du continent, compte tenu des moyens et des ressources dont il a disposé ?
Longtemps éludée par des observateurs de la vie politique gabonaise, la question est pourtant inévitable : et si la solution à la plus grave crise économique de l’histoire du pays passait avant tout, par le départ du président Omar Bongo ?
Sauf à admettre que l’on ait une fois encore décidé de se servir de la sueur et des sacrifices du « peuple » pour, uniquement pérenniser un système et ses privilèges, le pouvoir Bongo devrait tirer sa révérence. Afin de permettre à son pays de trouver le souffle nécessaire à un nouveau départ. [1]»
Comment expliquer que, après 42 ans de stabilité dans la « paix du Bongoland » et avec une rente pétrolière, qui aurait dû les hisser au niveau de vie des habitants de Dubaï, la très grande majorité des 1200000 habitants du Gabon vivent dans la pauvreté la plus extrême ; réduits à la triste condition de « makaya »?
Pour berner le pauvre peuple, les « Compradores » au pouvoir ont le mot à la bouche : « crise ».
Effectivement, notre pays connaît, depuis que Bongo a été mis au pouvoir dans des conditions que nous connaissons aujourd’hui, une crise grave : Crise politique, crise du système, crise du régime, crise sociale. Bref : Un Etat défaillant en tout.
Or, à l’exception du sursaut des années 90 quelles sont les réactions du peuple face à cette dictature prédatrice? Peu ou pas de grèves, pas de manifestations monstres dans les rues ; un parlement cadenassé, un Sénat à la botte, une Cour Constitutionnelle sous contrôle, tous les postes détenus par les affidés du pouvoir. Où est le problème ? On serait presque tenté de répondre que le problème, c’est qu’il n’y en a pas. Parce qu’il n’y a rien, si ce n’est une absence de gouvernement qui gère une absence de politique, tandis que l’opposition, neutralisé par son absence de stratégie et sa position de « faire valoir » de la « mangercratie » ou démocratie souillure, laisse la minorité détruire de l’intérieur la majorité.
L’action gouvernementale ? Elle n’est, en soi, ni bien ni mal, parce que c’est … n’importe quoi. Un mélange de capharnaüm et « d’auto-sabotage ». Le pouvoir ? Un sac de nœud de vipères. Plus de véritable gouvernement, mais un conglomérat d’ambitions concurrentes et d’égotismes antagoniques. Chacun pour sa pomme ! Pas de projet, mais chacun le sien, dont la promotion exige, évidemment, la démolition des projets concurrents ; pas de ligne, mais une succession chaotique d’allers et retours, de pas de deux et d’entrechats : Conséquence, un État défaillant, un régime en faillite.
Notre peuple et notre société sombrent dans une crise sans cesse plus profonde, une crise très grave et très dangereuse, Cette crise se nourrit de la peur, de la corruption, de l’apathie et de l’indifférence chez les populations.
La grande question qui se pose alors est : pourquoi les gens se comportent-ils comme ils le font ?
Parabole de Gurdjieff
« Il était une fois un riche et avare magicien qui possédait de nombreux troupeaux de moutons. Il n’engageait pas de berger ni ne clôturait les pâtures. Les moutons s’égaraient dans les forets, tombaient dans les ravins et surtout s’enfuyaient à l’approche du magicien, car ils soupçonnaient ce qu’il faisait de leur viande et de leur toison.
« Si bien que le magicien trouva le seul remède efficace. Il hypnotisa les moutons et leur suggéra d’abord qu’ils étaient en paix sous sa possession et que les écorcher était excellent pour leur santé. Ensuite, il leur suggéra qu’il était un bon guide, qu’il était prêt à tous les sacrifices pour ses chers moutons qu’il aimait tant !... Après quoi, le magicien mit à la tête de chaque troupeau des moutons qui n’étaient plus du tout des moutons. A ceux-ci, il suggéra qu’ils étaient des lions, des aigles ou même des magiciens comme lui-même. Ceci fait, le vrai magicien vécut sans souci. Les moutons restaient éperdument attachés à chaque troupeau ; ils attendaient avec sérénité le moment où le magicien les tondait et les égorgeait. »
« C’est une erreur de penser que les temps modernes, en détruisant peu à peu la crainte de certains phénomènes magiques (sorcellerie, envoûtement, etc.) aient affermi et armé les âmes jusqu’à leur permettre de résister au danger de la magie actuelle…. Le peuple va devenir le champ d’application de la Magie fascinatrice tendant à y inventorier, sélectionner, rassembler, perfectionner, et manier des êtres et des groupes par une sorte d’élevage savant, hiérarchique et dynamique.
Que faire ? Eveiller la conscience des citoyens..
Ce que nous aimerions élaborer est une vision. Nous aimerions que les gens voient et comprennent pourquoi un système concerne la vie quotidienne. Pourquoi nous ne pouvons pas ignorer la politique et nous intéresser uniquement à l’économie, comme les autorités aimeraient que nous fassions. Nous voulons qu’ils comprennent que notre lutte pour la démocratie est une lutte pour notre vie de tous les jours, qu’elle n’est pas distincte. Ce n’est pas une chose que vous faites quand vous avez un temps libre, ou quand vous avez envie. Vous devez y travailler constamment, car elle retentit constamment sur votre vie. Vous ne pouvez jamais séparer le système politique d’un pays de la façon dont vous menez votre vie quotidienne. C’est au fond l’esprit que nous voulons- la conscience que l’objet de notre lutte n’est pas un objet lointain ou un idéal.
Ce pourquoi nous luttons, c’est le changement dans nos vies de tous les jours. Nous voulons être libérés de la peur et du besoin. Certains aujourd’hui jouissent de la sécurité matérielle, mais ils ne peuvent jamais avoir la certitude qu’elle ne leur sera pas retirée.
Ce que je cherche à faire comprendre aux femmes et aux hommes de ce pays, à mon peuple, c’est que la lutte concerne tout le monde.
Nous voulons amener le peuple à prendre conscience individuellement de leur situation. Nous voulons dire aux femmes et aux hommes de notre pays que : La démocratie concerne votre emploi et l’éducation de vos enfants; la maison où vous vivez et la nourriture que vous mangez; etc. Il ne sert à rien de dire à nos parents cultivateurs que la démocratie assurera de meilleurs modes d’investissement. Pour eux cela ne signifie rien. La démocratie, c’est leur assurer le droit et la possibilité de cultiver et de récolter ce qu’ils veulent, et puis de le vendre au meilleur prix. C’est cela la démocratie. Pour un homme d’affaires, la démocratie est un système qui comporte des lois commerciales solides, que font respecter les institutions de l’Etat. A partir de là il connaît ses droits et ce qu’il est autorisé à faire ou non. Il sait comment se protéger si quiconque enfreint ces droits. Pour un étudiant, la démocratie est le droit de pouvoir étudier dans de bonnes écoles et en paix, et de ne pas risquer de perdre ces possibilités pour avoir ri avec ses amis d’une caractéristique amusante d’un ministre. La démocratie est le droit et avoir la possibilité de discuter de vos points de vue politiques avec vos amis et de vous asseoir autour d’une bière et de parler de ce que vous voulez, sans vous demander si un agent de renseignement du régime vous écoute.
Je pense quant à moi que la dictature patrimonialiste arrive à sa fin. Mais il y a un danger, en effet. Cela aussi l’histoire nous l’apprend. Toute dictature tend en s’affaissant à engendrer la révolution et la contre révolution.
Oui, la dominance exclusive, intolérante, rageuse et ravageuse, inhumaine et sectaire d’une caste qui a impunément pratiqué la corruption, la criminalisation, l’exclusion de la différence, la médiocrité, le clientélisme et le népotisme, oui, cette tyrannie devenue insupportable à la très grande majorité de notre peuple arrive à son terme.
Mais l’insurrection éthique que ces méfaits ont provoquée peut s’investir dans deux courants : l’un, révolutionnaire en effet (c’est ce que redoute la nomenclature au pouvoir), l’autre effectivement réactionnaire (c’est à quoi s’atèle le régime).
Là est le risque. Renverser le totalitarisme est nécessaire. Et le reste. Cela nous oblige de combattre le retour des dinosaures mafieux d’hier.
Il convient donc, aujourd’hui de se battre sur les deux fronts. Contre l’emprise asphyxiante et oppressive du système patrimonialiste, du renard libre dans le poulailler libre. Et contre la tentation contre-révolutionnaire d’une pérennisation d’une « démocrature » autoritaire et normative.
Le temps des « nouveaux révolutionnaires » est arrivé ! Ouvrir une nouvelle perspective en rénovant l’opposition dans son ensemble : tel doit être notre objectif. Et pour ce faire, rompre avec le réformisme mou.
Ouvrir une perspective nouvelle à l’opposition au système actuel passe par l’affirmation d’une force politique et une stratégie de rupture. A l’heure actuelle, dans notre pays, ceux qui n’ont pas renoncé, ceux qui luttent contre ce système de prédation criminaliste, sont des centaines de milliers. Mais ils sont dispersés entre plusieurs organisations politiques ou, insatisfaits par celles-ci, il tente d’agir dans une myriade de syndicats et d’associations. Cette dispersion les empêche de peser politiquement. Comment faire ?
Il serait erroné de vouloir contourner ou fusionner ces forces diverses. Alors, il faut en organiser la convergence. Cela suppose que soit affiché clairement l’objectif : travailler à l’édification d’une force politique de l’opposition au système Bongo. Nous la construirons dans la pratique et l’élaboration commune. Mais quelle forme cela peut-il prendre ? Celle d’une coordination souple des forces parties prenantes, en menant des campagnes prolongées. La convergence sera ainsi construite et non proclamée. Ces campagnes communes doivent s’accompagner d’un travail collectif sur le projet de transformation sociale. C’est indispensable pour combattre le doute profond qui s’est partout insinué : comment faire autre chose qui ne soit pas pire que le système que nous combattons.
Depuis 1990, nous avons acquis une très grande expérience des méthodes du système Bongo, mais aussi une connaissance des comportements des uns et des autres. Nous savons comment les regroupements ou les tentatives de regroupements de ceux qui se réclamaient de l'opposition, depuis le FUAPO jusqu'au HCR en passant par les différentes CODE, ont été soit manipulés par le pouvoir, soit trahis par les participants eux-mêmes. Depuis toujours, le président Bongo a fait du mensonge et de la corruption sous toutes les formes le moteur de son art de gouverner, et sa méthode la plus efficace pour neutraliser la volonté du peuple gabonais au changement. Cette stratégie à la limite satanique a conduit les Gabonais à perdre toute confiance dans les responsables politiques, et surtout en ceux qui dirigent le pays et bradent notre patrimoine national depuis bientôt 36 longues années. Ce qui a conduit les Gabonais à l’impuissance devant le mal, et à l’apathie : « Qu’est-ce qu’on peut encore faire, » se lamentent-ils aujourd’hui, face à la situation qu’ils endurent.
Les propagandistes du potentat claironnent que l’opposition officielle qui se manifestait dans le cadre des partis politiques légaux serait moribonde. Comme si la politique du spectacle des meetings du temps des « Bûcherons », et autres exhibitions de rues sont l’unique preuve d’une organisation politique à un régime de dictature. Ce que ces thuriféraires du régime-Bongo n’osent pas admettre, et qui est manifestement le plus important en ce moment, c’est que l’opposition réelle, le rejet du système par les Gabonais s’est généralisé. Il a atteint toutes les couches et toutes les structures de la société, y compris au centre même du système.
Bongo a toujours pensé qu’il lui est nécessaire de tromper les uns et d’humilier les autres, et même de se mentir à lui-même, afin de se sentir à l’aise dans sa mission de fossoyeur de notre jeune nation, et se maintenir à vie au pouvoir. C’est un manque total d’intégrité politique. Et notre peuple en est resté complètement déboussolé, pire, il a perdu sa confiance dans le discours politique des opposants. Mais, malgré sa désillusion, notre peuple n'est pas retombé dans les mains du potentat Bongo. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer son refus de participer aux mascarades électorales orchestrées par le pouvoir depuis le hold-up électoral de décembre 1993.
Aujourd'hui, fort de cette dure expérience, et face à la nécessité pressante pour une mobilisation générale, guidée par des patriotes véritables. Nous avons un devoir sacré d'organiser un regroupement tactique, pour relever la gageure du redressement de notre pays, apporter une alternative à la faillite retentissante du système Bongo. Il faut que les patriotes se lèvent pour engager avec notre peuple un nouveau débat, le mobiliser pour le conduire à une prise en mains de son propre destin.
« Les responsables commettent un crime contre leur peuple s’ils hésitent à affûter leurs armes politiques quand elles sont devenues moins efficaces. »
Selon verset coranique : « Et Dieu ne changera pas en ce qui concerne une communauté si chacune des composantes de la communauté ne change elle-même. Un travail de conversion individuelle qu’il nous faut chacun accomplir, avant de prétendre parler de conversion collective ».
Agir avec audace pour que s’écroulent les murs du totalitarisme. Notre devoir est de libérer aujourd’hui notre nation retenue en otage pour ses ressources naturelles.
Nous mènerons courageusement le combat en faveur de la justice, de la liberté et de la démocratie ; pour cela, nous nous appuyons sur ce que Vaclav Havel « le pouvoir des sans-pouvoir ». Ce pouvoir constitue selon Havel une espèce d’arme bactériologique grâce à laquelle - si les conditions évoluent dans ce sens - un simple civil peut tenir en échec une division entière. Et pour le Président américain Abraham Lincoln, « un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil.
Nous demandons à nos dirigeants l’intégrité politique. C’est-à-dire : tout simplement honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens. Un politicien qui trompe les gens, que ce soit dans l’intérêt de son parti, ou parce qu’il imagine que c’est le bien du peuple, manque d’intégrité politique. L’intégrité politique fait défaut à tous nos leaders politiques : ceux qui sont au pouvoir, comme ceux qui prétendent être des opposants. On se demande parfois s’ils savent réellement les uns et les autres ce que signifie intégrité politique, car ils n’ont pas cessé de mentir au peuple. Ils ont toujours fait des promesses qui n’ont jamais été tenues.
Nous constatons aujourd’hui qu’il y a dans notre pays ceux qui luttent pour la démocratie parmi le peuple, et ceux qui oppriment la démocratie: la totalité des dirigeants politiques officiels. Je suis profondément choqué de constater que pour la très grande majorité de nos politiciens, face au peuple paupérisé, « on peut faire tout avec l’argent. Tenez un billet de 10.000 francs au-dessus d’une tombe, une main sortira pour l’attraper. Et si vous tenez dix billets de 10.000 c’est-à-dire 100.000 francs, le corps entier sortirait ». Cela indique qu’ils n’ont aucune espèce de principes. S’ils pensent qu’on peut acheter tout le monde avec de l’argent, c’est un aveu choquant de considérer que l’argent décide tout. Le plus grave dans cette attitude, c’est que nos dirigeants ne peuvent pas comprendre les autres, et ils ont peur du vrai dialogue. Jusqu’à présent, ils ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre ce que signifie le dialogue. Je pense qu’ils voient encore le dialogue, soit comme une sorte de compétition dans laquelle ils pourraient être perdants, soit comme une énorme concession qui les déshonorerait.
Nos politiciens s’éloignent de plus en plus du peuple. Ils ont créé eux-mêmes leur isolement parce qu’ils font peur à tout le monde, y compris à leurs propres subordonnés, qui se sentent incapables de dire quelque chose de peur que ce soit inacceptable, et ils ont peur eux-mêmes. Ils ont peur du peuple car, ils pensent que le peuple va réclamer vengeance après la victoire de la démocratie. En cela, les dirigeants actuels sous-estiment à la fois et le peuple et les vrais démocrates, ceux qui luttent honnêtement pour la démocratie. Evidemment, il y a de la haine chez les gens, en particulier chez ceux qui ont souffert et continuent à souffrir sous le régime. Nous sommes quant à nous convaincus de pouvoir contrôler cette haine. Malheureusement, des gens qui pensent qu’on peut acheter n’importe qui, que les esprits et les cœurs humains sont de simples marchandises dépendant des lois de l’offre et de la demande, ces gens-là ne peuvent pas comprendre d’autres êtres humains qui oeuvrent pour une cause et sont prêts à se sacrifier pour elle. Nous devons dénoncer tout ce qui va à l’encontre des intérêts du peuple. Savoir que quelque chose va à l’encontre du bien du peuple et ne rien dire, ce serait pure lâcheté.
Il est temps de réagir à cette autodestruction de notre pays et de notre peuple. Nous ne devons pas céder au pessimisme. Certes, l’intolérance et la violence montent au sein de notre peuple, dans la jeunesse et parmi les adultes au chômage qui n’ont pas d’horizon devant eux. Le désespoir a envahi tout le monde dans nos «matiti » des agglomérations urbaines, et dans nos villages. Chacun s’interroge : existe-t-il encore un avenir pour nous et nos enfants ? Ce qui manque actuellement dans le débat politique, ce sont des analyses claires et sereines, des interprétations lisibles de ce qui se passe, puis des réponses concrètes aux inquiétudes de notre peuple. Il y a un travail de reconstruction intellectuel à effectuer qui inclut l’économie, la culture, le rôle des valeurs collectives et des valeurs individuelles des communautés et groupements qui constituent notre peuple. C’est ainsi que : être réaliste aujourd’hui, c’est travailler pour un changement radical du système politique. Il faut redonner l’espoir à un peuple qui doute et qui perd ses repaires, un peuple qui s’enfonce dans l’angoisse et la misère vers une autodestruction engendrée par un régime de dictature fondée sur le mensonge et la corruption, cela revient à proposer des issues dans lesquelles l’homme gabonais retrouve ses racines, où il lit des motifs de recouvrer un sens à la vie : une vraie politique. Il s’agit de faire en sorte que la république renaisse de ses cendres. Je pense honnêtement que notre horizon n’est pas bouché. Non, la seule direction possible aujourd’hui n’est pas, à quelques précipices qu’elle mène, celle qu’engendre le mensonge, la corruption, la fraude organisée, bref l’unicité proclamée de la pensée dominante. Le Gabonais patriote, doit croire fermement que pour notre peuple un autre monde est possible que celui qu’il subit actuellement. A ce monde actuel fait de mensonges et de cynisme, d’absence totale d’éthique et de valeurs transcendantes, prendra place un monde de dignité, d’espérance, dans lequel chacun retrouvera sécurité et fraternité agissante. .
Nous devons libérer notre pays du despotisme patrimonialiste et prédateur qui oppresse notre peuple. Principalement en obligeant les Gabonais à sortir d’eux-mêmes, en soutenant des corps intermédiaires, les associations, mais aussi un vrai sentiment religieux. Il s’agit de constituer un corps social suffisamment fort pour qu’il rende à chacun le sens et le goût de la liberté politique.
Non, une logique infernale n’a pas substitué un devenir impossible à une fatalité implacable. Les perspectives, au contraire, n’ont jamais été aussi vastes et dégagées. Rien ne justifie le nihilisme ou la désespérance. Car nous pouvons et devons changer le cours des choses actuelles par une révolution impliquant une vraie rupture avec le système Bongo.
Dans ce genre d'entreprise, la plupart des gens ne se trompent pas. Ils ignorent seulement les forces qui, en eux-mêmes, les poussent. Ils n’ont pas une représentation de l’avenir, des actions qu’ils auront à commettre ou à couvrir – cela d’autant moins qu’ils s’emportent dans la vie courante comme des criminels, les délinquants ou les fauteurs de troubles. Mais ils ont du flair pour reconnaître l’homme qui a du caractère d’un chef, qui ne se laissera arrêter par rien. L’homme qui leur permettre de fraterniser, dans l’exécration des ennemis du peuple, celui qui leur dira qui ils sont, celui qui nommera, chacun et ensemble, et leur insufflera la force du possible. Alors, nous vivrons un autre monde possible pour ces femmes et ces hommes réduits aujourd’hui à l’humiliante condition de «makaya ». Un autre monde est possible pour cette jeunesse si nombreuse et combien désorientée, dont l’avenir est hypothéqué par une gestion calamiteuse de leur patrimoine national. A nous patriotes de tout bord de l’envisager, de le préparer, et de le construire. Pour sortir de la situation de faillite dans laquelle le système au pouvoir l’a plongé, et épargner à notre peuple les avatars d’un changement brutal et désordonné comme ce qui se passe dans la RDC de l’après MOBUTU ou de la Côte d’Ivoire de l’après Houphouët-Boigny, nous proposons à tous les acteurs politiques de notre pays, toutes tendances confondues, de s’investir avec courage et abnégation dans une véritable action de refondation, dans ce que je désigne par “ une révolution existentielle”.
C’est contre cette dictature … avec laquelle s’est articulée une oppression concrète (sous la forme de précarité, d’exclusion, d’insécurité), que la révolte qu couve (peut exploser). Une petite provocation d’arrière-garde peut servir de détonateur. De la même façon que la contre-révolution nobiliaire permit, en 1789, la révolution du tiers-état. .Et, en effet, gronde comme un désir de révolution. Or, lorsqu’on se réfère à l’histoire : les flambées révolutionnaires qui ont brisé les pouvoirs conservateurs ont toujours été précédées d’une crise majeure de l’opposition.
[1] Le journal, le Nouvel Afrique-Asie, n° 170 – nov.2003,
Autour de Félicité VINCENT, unifang se bat pour que les valeurs du peuple Ekang soient portées au coeur du message politique et de l'action publique.
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