Démasqués tant en France qu'à l'étranger pour ce que tout ce que le célèbre discours de Grenoble a déclenché, les responsables de l'UMP, accusés de toute part de ramener la politique de la France à ce qu'elle était du temps de Pierre Laval (plus que de Pétain du reste) ont décidé de contre-attaquer.
L'argument massue a été sorti (ça n'est pas la première fois) par Eric Besson, sur RTL, hier : "J'aimerais beaucoup que le vocabulaire spécifique de la Seconde Guerre mondiale, avec ce qui a été son atrocité - l'extermination industrielle, systématique des Juifs et des tsiganes - ne soit pas utilisé", a-t-il réclamé. "Les personnes sont interpellées, leur identité est vérifiée, on leur propose de l'argent pour retourner dans leur pays d'origine: j'aimerais bien qu'on m'explique quel est le lien avec les rafles de la Seconde Guerre mondiale".
Bonne question du ministre.
On remarquera, qu'une fois de plus, les responsables de l'UMP ont recours à la grosse ficelle qu'ils affectionnent le plus. Selon eux, parler de "rafles" revient à les accuser d'exterminer les juifs"; c'est le même procédé qui est employé quand il s'agit de justifier la volonté de déchoir des Français de leur nationalité lorsqu'ils se livrent à l'excision, par exemple. Pour se justifier ou justifier l'injustifiable, l'UMP se sert de l'intolérable. Cela ne devrait plus tromper personne.
Soulignons ensuite que la défense de l'UMP révèle un aveu inconscient de monstruosité. Le : "mais enfin, nous expulsons, mais non à des fins d'extermination industrielle" semble justifier aux yeux de l'UMP toutes les scènes de brutalité, de violence, de racisme d'Etat auxquelles on assiste depuis trois semaines. "On ne les tue pas, mais on peut leur taper de dessus, les déporter, les expulser, séparer des familles, ruiner des vies" ; voilà le message subliminal adressé aux citoyens de France. Comme si ne pas commettre le pire justifait l'inacceptable. Quel bel aveu...
Répétons-le une énième fois : il n' s'agit pas d'accuser, à titre personnel, le chef de l'Etat français, Hortefeux, Besson, Estrosi, Ciotti et tous les responsables de l'UMP (qui depuis trois semaines transforment la Ve République en une nouvelle autorité de fait) de racisme ou de xénophobie, de pétainisme ou de Lavalisme. Eux seuls savent, dans les replis de leur conscience, ce qu'il en est. Mais il est inévitable de constater que tout ce qu'ils disent, promettent et font depuis le 30 juillet (et même avant), à commençer par la volonté de distinguer des citoyens d'origine étrangère, relève de la même logique et du même raisonnement que ceux des législateurs de Vichy.
Il sont aidés en cela du reste, par de belle âmes naïves qui viennent chanter le : "Quand même, ils ne veulent tuer personne" couplé au : "Ils ne veulent pas ressusciter le statut des Juifs de juillet 40, ils n'évoquent que les Français d'origine étrangère" (exemple ici sur Rue 89). Cette argumentation défaitiste repose sur l'idée qu'il serait par nature outrancier, donc contre-productif, de s'en prendre à l'actuel régime compte tenu des objectifs qu'il affiche et qui ne sont pas ceux de Laval en son temps (Laval non plus ne voulaient tuer personne : il entendait juste se faire bien voir des Nazis et offrir à l'opinion publique française un bouc émissaire expliquant la défaite de 1940 --tiens, tiens...). Prôner cette forme de résistance aux arguments de l'UMP, c'est tomber dans le piège.
Dans cette affaire, il ne s'agit pas juger des conséquences, mais des des causes de cette politique. Et les causes, qui nourrissent les raisonnements, les promesses et les actes des représentants de l'actuel régime sont les mêmes que celles qui inspiraient les législateurs de Vichy : haine de l'autre, racisme, exclusion, rejet, repli et peur. Et peu importe que dans leur for intérieur, les actuels gouvernants de la France ne soient éventuellement ni racistes, ni xénophobes, ni haineux. En l'espèce, ça n'est pas la question. Le problème, c'est que tout ce qu'ils disent, promettent et font, mène le pays vers le racisme, la xénophobie, la haine, le rejet. Non seulement, ce sont des "voyous de la République" et des "délinquants constitutionnels", mais ce sont aussi, d'une certaine façon, les nouvelles représentations du visage ordinaire de la banalité du mal. Ces gens-là ne vont pas nécessairement jusqu'au pire, c'est vrai ; parfois ils savent s'arrêter juste avant : quelque part entre le fétide et
