Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 21:14

Contribution d'un patriote Africain

Loic Kodie

Je dois l’avouer,
J’étais sceptique au fait qu’une candidature d’Ali Bongo Ondimba le porterait au palais du bord de mer, du fait de la carrosserie rouillée de son patronyme politique, et familial aux yeux de l’opinion. De même j’étais incrédule du fait que le débat obsolète sur ses origines, et d’autres sujets sur son personnage controversé puissent le laisser saint au regard de l’opinion, lui permettant ainsi d’accéder allégrement au palais du bord de mer, au grand dam des prêtres incantateurs des messes noires anti-Ali.
Malgré tous les éléments qui tendaient à jeter du discrédit sur baby-Zeus, Ali le fils, Ali le général sans treillis, Ali le monarque, ou Ali l’enfoiré, comme le disent certains dans les antichambres du pouvoir Gabonais. Je me disais… la France a eu ses rois et princes, elle a eu ses dictateurs, et elle a eu ses présidents. Elle a eu louis XIV qui ensoleilla sa grandeur dans l’imperfection et l’ego-narcissisme, à l’ère d’une monarchie qui avait plus de mépris pour ses sujets, que du souci pour elle-même dans la préservation de ses acquis régaliens. Elle a eu le Général de Gaulle, qui du fond de sa tombe, ne se reconnait plus dans le prétendu gaullisme actuel. Elle a eu un François Mitterrand implacable dans sa manière placide, de gérer les enjeux du pouvoir tout au long de son double septennat, nous perdant parfois dans la duplicité de sa politique africaine. Elle a eu Jacques Chirac le gaulliste par nostalgie, chiraquien par égo, et Africain par amitié. Enfin elle a eu Nicolas Sarkozy, qui n’est ni gaulliste, ni mitterrandien, ni chiraquien par son anticonformisme frappé d’un populisme sans nom, et capable de renverser l’ordre des choses, dans un style que seuls les Africains ont le secret… il incarne la séduction, la déception, l’audace et l’ambition. Il est un cocktail de caractères (je sais que vous ne m’en voudrez pas d’être franc pour votre bien).
A chaque nation ses présidents, à chaque président son style. Chaque peuple a les présidents qu’il mérite pour mieux se bâtir selon ses qualités et défauts.
M’étant autorisé une lecture qui me semble profonde de l’environnement, et des circonstances ayant favorisé une élection d’Ali bongo Ondimba à la magistrature suprême, je dirais que tout s’est joué de bonne guerre, avec une opposition troublée par ses leaders lancés dans une lutte âprement interne. Une opposition qui n’avait pas compris l’urgence d’une candidature unique, favorable à une probable victoire face à une machine électorale allouée au parti au pouvoir. Une opposition ayant accepté d’aller dans un scrutin, qui ne lui apportait pas le sérum l’immunisant contre toute irrégularité.
Ô combien conscients de la maitrise de la machine électorale, Ali et son équipe ont su avec brio tirer les marrons du feu, à la différence d’une opposition butée, obsédée et fragilisée par l’ego surdimensionnée de ses leaders, pétrifiés par l’aura du Feu président Omar Bongo, dont  l’âme était encore en transit au purgatoire. L’opposition sur ce coup a fait preuve de malveillance à l’endroit du peuple gabonais. Elle n’a même pas été capable de se solidariser, lors de la mise à l’écart arbitraire de Daniel Mengara (le radicalisme de Jean-Marie Le Pen n’ayant jamais fait l’objet d’un rejet de sa candidature en France). Cette opposition armée de l’expertise électorale d’André Mba Obame, et de certains ex-PDGistes n’a pas été capable de se choisir un candidat… d’où la victoire d’Ali Bongo Ondimba avec près de 42,73% de voix. C’est aussi cela la beauté de la démocratie, car la minorité peut gagner.
Les circonstances de la mort du président Omar Bongo Ondimba, en dépit de son passé humain appelaient au rassemblement de tous, toute obédience, réligion ou éthnie confondue. Il s’agissait d’un deuil national, fut-il dictateur, roi, parent, ami, gourou… qu’importe ? Il s’agissait de l’homme qui plus que jamais aura marqué de son empreinte, l’histoire de l’Afrique moderne et de la France pendant 42 ans.
Le deuil consommé, mais le cœur meurtri, le Gabon de manière digne, sut franchir le pas d’une élection transitoire comme jamais, cela n’était arrivé dans un pays au sud du Sahara francophone après le décès d’un président. 22 candidats en lice pour une population probable d’un 1 300 000 âmes, et d’un électorat à hauteur de 800 000 voix…
Cette élection, fut-elle entachée d’irrégularités est plus que jamais une grande performance dans un pays qui, de manière consécutive a été frappé de deuils au plus haut niveau, dans une période au cours de la quelle, la récession due à la crise des sub-primes n’avait pas fini de déstabiliser les places financières de nos économies embryonnaires.
Madame Rose Francine Rogombe (la grande royale) aura su, par la grâce, douceur féminine et sagesse maternelle, mener le Gabon devant la porte de la grandeur en restant conforme à la légalité constitutionnelle et institutionnelle, n’en déplaise à certains émotifs passionnés par des sentiments, n’ayant pas de place dans une cité qui se veut diverse, et unie dans ses différences identitaires. Elle a su dans la mesure du tact, du discours pondéré et rassembleur, conduire cette barque en dérive, loin des vagues qui auraient pu la mener dans les âffres d’un naufrage, qui serait très conséquent pour le Gabon (orphelin)… voire à la sous région entière.
Madame Madeleine Mbourantsou, du haut de son estrade, en maîtresse de cérémonie ne pouvait que confirmer une victoire, certes contestée mais légitime au regard des dispositions légales, confrontant à raison ou à tort les arguments de la Coalition Gabonaise du Refus et de Salut National. Démontrant ainsi que l’Afrique est en avant-garde, de l’innovation en matière de scrutins présidentiels. En Afrique, la minorité peut gagner démocratiquement !
Cette élection démontre que les femmes ont un bel avenir dans le champ décisionnel en Afrique. Elles ont la capacité de manager les situations les plus conflictuelles en évitant les heurts les plus imminents.
Le Gabon, doit se mettre au travail en évitant de se morfondre dans des luttes stériles et vides de sens. Une population infime pour un territoire de plus de 220 000 km2, devrait se concentrer à bâtir son avenir, quel que soit l’interlocuteur locataire du palais du bord de mer. Les discours haineux n’ont pas de place dans une cité dont l’essentiel de la richesse, repose d’abord sur une diversité humaine et culturelle, qui est source de complémentarité fusionnelle. Les gabonais doivent s’inscrire dans le vrai débat démocratique. Ils doivent se référer aux dispositions légales pour pouvoir engranger des réformes, institutionnelles, constitutionnelles, économiques, sociales, ou syndicales, car aucune nation ne connait le progrès et le changement dans l’inertie, l’immobilisme ou la haine, mais plutôt dans le débat civilisé, et la contestation positive vectrice d’une synergie, encline à catalyser une révolution saine de la société.
On peut provoquer le changement dans la légalité, mais il faut d’abord changer soi même, afin de savoir ce que l’on veut changer pour les autres.
Ali Bongo est élu pour un mandat de sept ans. Il est conscient de la lourdeur de l’héritage qu’il porte. Qu’il n’aurait été un fils de Bongo, le poids serait le même pour toute personne revêtant le costume de président du Gabon présent.
Les mœurs et les mentalités ayant évolués, la vitesse de diffusion de l’information n’étant plus à démontrer, il n’est aujourd’hui plus facile pour un leader politique africain, de faire des promesses farfelues le temps d’une éligibilité, sans que l’acte ne se joigne à la parole.
Durant cette campagne, Ali aura assumé sa Bongoïté tout en clamant sa capacité à faire évoluer les choses, dans le sens d’un modernisme affirmé. Il a su jouer avec le temps, et les circonstances de ses sorties, afin de révéler à un peuple le connaissant que de mauvaise légende, qu’il était le contraire de ce qu’on disait de lui. Il a su mettre en exergue l’âme du jeune qui gisait en lui, afin que la jeunesse puisse s’y reconnaitre, dans l’optique qu’un new deal soit scellé, et que les jalons d’un Gabon neuf puissent se poser, pour un avenir démocratique alterné dans la paix et la cohésion.
C’est un fait… Ali Bongo Ondimba n’a pas droit à l’erreur, il doit poser des actes concrets, car l’opposition ne lui laissera pas de répit. Il doit éviter les méthodes répressives qui n’honorent pas l’Afrique (à l’exemple de Mohamed VI en rupture totale avec les méthodes paternelles), car cette élection gabonaise vient de faire du Gabon, le laboratoire épicentre véritable de la démocratisation de l’Afrique centrale. Il doit mettre en place des structures, et une politique éducative qui aideront le gabonais le moins éduqué, à comprendre et faire le jeu démocratique dans la civilité absolue. Il doit apporter au peuple, ce dont il a le plus besoin afin d’être effectif, efficace, et performant dans un monde ou la globalisation dévore les plus faibles, tant la compétition est rude.
Une belle performance d’Ali en ce premier mandat lèverait le scepticisme, et l’incrédulité de cette majorité gabonaise de 58% de voix restées dans l’opposition, du fait d’une élection contestée à un tour.
A l’opposition, radicale ou apaisée… la marche positive du Gabon dépendra de votre capacité à tirer des leçons de cet échec, et par la manière dont vous gérerez vos entités politiques durant ce mandat. Vous ne pourrez prétendre, à gouverner un peuple, en prônant la haine, le tribalisme la division, et la xénophobie. Si vous voulez remporter la victoire aux futures élections, soyez dignes et nobles dans votre tâche, car c’est le Gabon et l’Afrique qui en sortiront grandit. Une opposition efficace œuvre, et veille comme surveillant du pouvoir, de manière à éviter des dérives aux gouvernants aux commandes de l’état. On peut être opposés, et œuvrer pour le collectif. On peut-être amis, mais différents idéologiquement. Et on peut-être ennemis tout en étant conscients de l’intérêt de la nation. Cela nous oblige à être complaisants quand cela urge, pour le bien-être du peuple que nous prétendons défendre. Ces différences qui nous unissent, ne servent-elles pas à conforter la démocratie, qui à mon avis est l’art du vivre ensemble !
L’opposition gabonaise, a ici l’occasion de se montrer exemplaire devant la communauté internationale. Elle doit se montrer digne, et capable de porter le destin d’une nation, en évitant de verser dans des querelles viles, et ignobles qui confortent le propos d’un politique français qui insinuait que « la démocratie est un luxe pour l’Afrique ». L’opposition doit pouvoir démontrer que nos ancêtres étaient déjà des démocrates depuis la nuit des temps lorsqu’ils faisaient des débats, et des procès autour de l’arbre à palabre selon les codes institués par les rites et traditions orales dans nos villages.
Voici le Gabon qui entre dans une nouvelle ère. Ce mandat d’Ali Bongo Ondimba servira de bon exemple, ou ternira d’avantage l’image d’une Afrique déjà méprisée dans les salons occidentaux, mais prisée sans pudeur pour ses ressources naturelles, au détriment de nos peuples affamés.
Je sais que les années qui suivront, seront plus que jamais les plus animées du champ politique gabonais, mais je fais foi à la grandeur de vos âmes, et à la clarté de vos esprits.
Ne dit-on pas que l’on juge le maçon au pied du mur ? A vos truelles et équerres, chers messieurs... bâtissez.

Loïc Kodie, un Africain à Los Angeles.

Par UNIFANG - Publié dans : INTERNATIONALE - Communauté : Cercle de Réflexion d'UNIFANG
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