Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 22:41

Cher Ami Roger Mouloungui,

 J’ai lu avec appréciation votre réquisitoire à charge pour défendre le soldat « sudiste » Mamboundou. Je vous comprends cher Mouloungui. Je comprends chacun de vous ; de votre « clan » ; de votre caste ; de votre pédigrée ! Je comprends surtout que le soldat Mamboundou, bien qu’humain comme vous et moi, ne doit jamais être traité comme tel, comme un simple mortel, faillible, vulnérable, accablé par le triste fardeau du péché mortel qui le condamne un jour à devoir, comme de plus en plus aujourd’hui, montrer des signes de fatigue et de faiblesse face aux adversaires politiques qu’il s’est choisi de combattre toute sa vie.

Non, surtout pas Pierrot ! Pas ce valeureux et imposant soldat de notre majesté… Ndendé !

 Votre propos aurait pourtant revêtu une toute autre camisole si vous ne vous appeliez pas Mouloungui. Les Mouloungui, Moussavou, Mbadinga et tous ceux qui comme Pierrot, au sud, répondent à l’évocation de la simple lettre « M », se sentent une solidarité viscérale, tribale, animale, de devoir se battre bec et ongles aussitôt qu’un « étranger » vient à écorcher l’épiderme d’un des leurs ; en l’occurrence le plus « grand » d’entre eux, qui affiche 1 mètre 90 au décamètre, j’ai cité : PM. C’est gênant, indigeste, insupportable. Ç’aurait été autrement et tellement plus beau de laisser la justesse de votre plume à quelqu’un d’autre qu’un ressortissant « M » du sud. Mais, me diriez-vous, ne sommes-nous pas dan ce pays où un certain Bongo a cultivé l’ethnicisme et le repli communautaire pendant 41 longues années ! Ça laisse des traces… indélébiles !

 Tout ça pour vous dire que je vous comprends. Je comprends votre vexation. Mais Petit-Léon que je suis ne fait pas dans la dentelle, car ma plume n’entend épargner personne : Punu, Fang, Téké, Ndzébi, Mpongwé, Apindji… Tous ceux qui ont de près ou de loin un quelconque impact dans l’avenir de ce pays que nous voulons tracer ensemble, me trouverons sur leur route pour leur régler le moindre compte en débit d’engagement et de sincérité dans le combat qu’ils ont eux-mêmes choisi de mener pour le bien de tous. Et rien ne sera épargné, que cela vous plaise ou pas. Tout sera passé au peigne fin : bulletin de santé, bulletin d’émargement à la présidence, bulletin de tiercé-quarté chez Pasqua, bons d’essence gratuits… ; tout ce qui nous permettra de voir clair dans leur citoyenneté engagée sera systématiquement passé au crible par mes soins. Car je n’entends pas me faire des amis en offrant mes analyses comme je le fais depuis deux ans pour agiter les consciences quelque peu endormies de mes chers compatriotes.

 Et c’est parce que j’accepte que des critiques soient sainement apportées à mes écrits que je voudrais vous répondre sur cette phrase, « l'écriture est sans nulle doute coulante, la plume légère, le clavier maniable et les doigts agiles, cela reste malheureusement toujours du vent, loin d'une action réelle sur le terrain! », lue dans votre post, et vis-à-vis de laquelle je voudrais totalement m’inscrire en faux.

 Non, cher Roger. L’écriture, même séparée d’une action réelle sur le terrain, ne saurait rester toujours du « vent » !

 De tout temps, l’écriture a contribué et continue de contribuer à faire bouger les lignes, à faire avancer les choses, à faire aboutir des causes.

Et savez-vous pourquoi ? Simplement parce que là où un kalachnikov ne peut passer, là où un meeting ne sait se tenir, là où une action ne peut être mener, l’écriture, elle, réussit toujours à s’infiltrer, jusque dans les méandres des esprits qu’il voudrait atteindre, sensibiliser et révolutionner.

 Souvenez-vous – peut-être étiez vous encore très jeune en ces temps là – des « Affaires Africaines » de Pierre Péan. Dont Bongo avait interdit la vente au Gabon à leur sortie en 1983. Mais malgré cette « charia » (Bongo étant déjà converti à l’Islam en cette date) imposée par l’homme fort de Libreville, le livre a réussi néanmoins à s’échanger sous le manteau. Au point qu’il soit devenu de notoriété publique au Gabon aujourd’hui que le président gabonais faisait « boire l’eau de ses pieds » à chaque ministre avant son entrée dans le gouvernement. Tout un symbole de nationalisme !

 Et aussi…

 C'est par l'écriture récente de "Trois Femmes puissantes", que Marie Ndiaye, jeune africaine (franco-sénégalaise) de 42 ans, vient de remporter le prestigieux Prix Goncourt 2009, équivalent du Nobel de la littérature francophone ; portant ainsi plus haut et à travers les continents, un message incisif et sensibilisateur sur la précaire condition des femmes africaines, victimes expiatoires des pratiques d'un autre âge : excision, mariage forcé, viol, esclavage, harcèlements sexuels, discrimination sociale, exclusion...

 C'est aussi par la maturation et la transcription des "rêves" de son père, ainsi que par l'écriture de son "audace d'espérer", que le premier président Noir d'Amérique et du monde occidental, Barack Obama, a réussi à atteindre le cœur de ses nombreux compatriotes, en repoussant les frontières de la différence entre Noirs et Blancs américains, et parvenir à obtenir toutes les voix ainsi "arc-en-cialisées" pour réussir son exploit.

 Et c'est encore par l'écriture de "Tristes Tropiques", que le structuraliste français Claude Lévi-Strauss, décédé hier à l'âge de 100 ans (que Dieu ait sa généreuse âme), avait fait connaitre à travers le monde entier, le sort, le destin et la beauté de la culture des peuples indiens du Brésil, comme l'analysait encore récemment, pour vous et moi, son collègue anthropologue Georges Bataille : « la nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, elle nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles. »

 Même votre voisin (sudiste) dictateur-sanguinaire Sassou Nguesso a dû faire usage de cette "potion magique", qui agit directement dans l'esprit humain, pour mentir à ses compatriotes que le vénérable Nelson Mandela le soutenait dans ses nombreuses boucheries et mascarades électorales... 

 Qui vous a donc menti, cher "Roger", en vous susurrant, tel un Malin dans votre oreille gauche [la plus crédule des deux], que l'écriture avait perdu de sa superbe scripturale, au point de ne plus avoir sa place dans la revendication citoyenne et la structuration d'une pensée et d'une action autrement moins conformistes et résignées face à une situation sociopolique tragico-dramatique comme celle dans laquelle se trouve notre pays ?

 

Voyez-vous, ce sera toujours en passant par des gens comme vous, des simples d'esprit, qui se sont endormis dans l'espérance d'un « solutionnement » divin et miraculeux de notre triste sort, et qui, par compensation consubstantielle se sont soudainement réveillés avec une envie gloutonne et déshumanisée de vouloir servir tout à coup cette même république bananière qu'ils brocardaient hier, que des autocrates tel Ali Bongo se maintiendront à jamais au pouvoir. Votre obstination à ne vouloir, que dis-je, à ne pouvoir voir le monde - pourtant pluridimensionnel - qu'à travers le prisme de votre étroitesse d'esprit (au point de croire qu'une puissante arme comme l'écriture n'avait plus sa place dans un débat politique), demeure, inlassablement, le premier corridor qu'il faut que notre peuple franchisse, avant même d'envisager d'autres victoires, comme celle qui verra le peuple gabonais prendre d'assaut la présidence usurpée et leurs occupants. Car de par vos affirmations « épidermiquement » nègres, et, de ce fait, tragiquement négationnistes, vous donnez raison à ceux, comme le reggae man Ivoirien Alpha Blondy, qui n'ont cessé d'affirmer que les premiers ennemis de l'Afrique, ce sont… "les africains".

 Assurément, votre place est sans conteste dans le nouveau gouvernement de notre tout flambant neuf "présida". Je vous y vois même déjà comme le sixième conseiller, après "Libre Penseur" (une de ses Très proches collaboratrices), de notre tout nouveau et sémillant ministre des PME-PMI, j'ai cité : Jean-Felix Mouloungui. Qui fut, rappelons-le, dans un fauteuil encore tout chaud de son immense température, porte-parole et représentant personnel du président Pierre Mamboundou en Europe et aux États-Unis d'Amérique.

 

Je reste convaincu qu'ensemble, du moins à trois, avec votre collègue et... ami "Libre Penseur", vous formerez un tandem de feu, au service de son illustre-auguste et sainteté desexcellence, "grand camarade" du Parti Dictatorial Gabonais, et éternel gagnant de toutes les élections du Gabon depuis 1967, j'ai nommé, notre nouveau et embonpointé "présida", ABB II, de la "noble" lignée des bongo.

 

Sans rancunes.

 

Petit-Léon MBA-MINKO

Par UNIFANG - Publié dans : Gabon - Communauté : Cercle de Réflexion d'UNIFANG
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