Partager l'article ! Le réseau de l’influence française s’organise: Diplomatie culturelle Un an après son lancement, l’Institut françai ...
Un an après son lancement, l’Institut français amorce l’intégration de 100 antennes à l’étranger. Enjeu : affirmer l’influence intellectuelle de la France dans le monde. “Notre pays est attendu sur ce terrain”, confie le secrétaire général du Quai d’Orsay à Acteurs publics.
On a connu des débuts plus heureux. Deux mois à peine après sa naissance officielle, le 1er janvier 2011, l’Institut français a été contraint d’annuler l’année du Mexique en France, sa première manifestation d’envergure, à la suite de la brouille entre Mexico et Paris autour de l’arrestation de Florence Cassez. Qu’à cela ne tienne : après six mois passés à la tête d’un conseil de préfiguration pour définir les contours du nouvel opérateur de la diplomatie culturelle, Xavier Darcos a pris la présidence de l’Institut français, bien décidé à en faire un outil au service de l’influence française (cliquez ici pour lire son interview).
Depuis un an, le nouvel établissement public industriel et commercial (Epic) réunit les anciens services de l’association Culturesfrance, ainsi que le réseau des 140 instituts et centres culturels à travers le monde. C’est-à-dire une myriade de structures juridiques différentes employant 6 000 personnes de statuts divers. Le premier défi est donc d’ordre juridique et comptable : il s’agit de ramener ce réseau hétérogène à une centaine de postes – en regroupant les structures coexistant dans un même pays – et de les intégrer à l’établissement. Au 1er janvier 2012, une douzaine de postes ont été “fondus” dans l’Institut français : Cambodge, Chili, Danemark, Émirats arabes unis, Géorgie, Ghana, Inde, Koweït, Royaume-Uni, Sénégal, Serbie et Singapour. Le poste syrien, initialement inscrit dans cette première vague, en a finalement été écarté.
Siège flambant neuf
Les budgets de ces 12 postes (17,5 millions d’euros au total) ont été basculés dans celui de l’Institut français. De 45 millions d’euros par an programmés pour la période 2011-2013, il passe à 72,5 millions en 2012 et devrait atteindre 160 millions quand l’ensemble du réseau sera sous contrôle de l’Institut, probablement fin 2013, ou plus sûrement courant 2014. Les 6 000 collaborateurs du réseau seront alors salariés par l’Institut français, ce qui n’a pas manqué de susciter des réactions syndicales. “Environ 600 agents recrutés sous contrat local s’inquiètent quant à leur futur statut”, explique Daniel Vazeille, secrétaire général de la CGT au ministère des Affaires étrangères, qui se félicite, en revanche, de ce que les effectifs de Culturesfrance aient été préservés, “alors que nous redoutions des suppressions d’emplois.”
Installé depuis le mois de novembre dans un immeuble flambant neuf de la rue de la Convention, dans le 15e arrondissement de Paris, le siège de l’Institut français compte aujourd’hui 143 salariés : le noyau dur des 99 collaborateurs de Culturesfrance, rejoints par 30 agents du Quai d’Orsay, 8 de l’Éducation nationale et 6 du ministère de la Culture. L’Institut français peut désormais s’atteler à ses priorités : la professionnalisation de ses 6 000 collaborateurs à travers le monde (900 d’entre eux sont venus suivre une formation en France en 2011) et la rationalisation de l’organisation.
L’intégration du réseau va passer par un redéploiement de la présence française, encore trop orientée vers ses partenaires historiques (la moitié des postes est en Europe) et pas assez vers les pays émergents. Avec une double limite : soucieux de préserver ses prérogatives et ses effectifs, le corps diplomatique a souhaité conserver les services culturels de ses ambassades. De même, le réseau des 1 000 alliances françaises, sous l’égide d’une fondation de droit privé, n’a pas vocation à se fondre dans l’Institut français. Ce qui limite singulièrement la portée de la rationalisation de l’action culturelle française…
3 millions rabotés
L’Institut français compte néanmoins sur deux outils pour s’imposer dans un paysage encore très morcelé. Le premier est une plate-forme numérique, qui hébergera l’ensemble des fonds et les rendra accessibles dans le monde entier. Le deuxième est une marque unique, sur le modèle du Goethe Institut allemand ou du British Council pour le Royaume-Uni. Le principe est d’augmenter la visibilité du réseau culturel français à travers le monde et d’attirer davantage de partenaires et de mécènes.
Le contrat d’objectifs et de moyens signé en novembre dernier fait d’ailleurs référence à la levée de fonds pour évaluer la performance de l’équipe dirigeante. En 2011, l’Institut français a collecté 4,8 millions d’euros, dont 2,8 millions de fonds privés et 2 millions versés dans le cadre de partenariats avec des collectivités locales. De quoi sécuriser un budget dont la “sanctuarisation” n’est pas éternelle, comme l’a montré le coup de rabot de 3 millions d’euros opéré fin 2011, rigueur oblige.
Le ministère des Affaires étrangères défend coûte que coûte son établissement et le couve d’un œil attentif. “Dans le regard d’une bonne partie du monde, la France est attendue sur le terrain de la diplomatie culturelle, explique Pierre Sellal, le secrétaire général du Quai d’Orsay. À nous de savoir tirer parti de cette attente. Le ministère n’a certes pas vocation à écrire la stratégie culturelle, qui est du ressort de l’opérateur. Mais l’action de l’Institut français s’inscrit clairement dans le cadre des priorités diplomatiques françaises, telles que l’accompagnement du printemps arabe.” Vous avez dit soft power ?
Sabine Germain